Se positionner

“La paix intérieure ne passe pas que par des questions. Elle passe par un engagement, et un engagement personnel, de soi à soi. A un moment ou à un autre, il faudra que vous assumiez de vous aimer pour ce que vous êtes.”

Nathalie Lefèvre, Extrait du livre C’est décidé, je m’épouse

L’anecdote : Moins de « il faut », plus de « je voudrais » 

2015 à aujourd’hui

Je me surprends encore souvent à commencer mes phrases par « il faut ». Des injonctions qui permettent de voir plus clair sur la façon d’être, de se comporter et de faire des choix. Des injonctions adressées à moi-même ou à d’autres. Pourtant, cette formulation me déplait. Elle enlève toute liberté et toute marge de manœuvre à la personne ciblée par l’injonction.

J’ai découvert la notion de clarification de valeurs en 2015 lors de ma formation en éducation au développement durable. Cette démarche nous était présentée comme le premier pas vers une interrogation de la place de l’individu dans le monde. Connaître ses valeurs, c’est savoir ce qui est important pour soi. Et savoir ce qui est important pour soi aide à faire des choix et mener des actions.

En 2016, j’ai posé les mots pour la première fois sur mes valeurs. Je parlais alors d’unité, de diversité, d’humilité, de partage et de cohérence. Par la suite, j’ai préféré les mots douceur, joie, partage et authenticité avec en tête l’effort d’être en cohérence avec ces valeurs. En 2018, j’ai tout regroupé sous les termes : joie, authenticité, sérénité, conscience.
Je n’ai pas forcément en tête tous ces mots lorsque je fais des choix et lorsque j’agis. Le simple fait de poser des mots sur ce qui est important pour soi paraît essentiel afin de donner du sens à sa vie.

Et vous ?

Et vous ?

La théorie du documentaire

Un jour, en discutant du film A la recherche de cohérence, il m’a été demandé : « Quelle personne t’a le plus inspirée ? »

J’ai répondu que l’une des rencontres les plus marquantes a été celle avec Robert Zipplies, co-fondateur de Common Cause South Africa. En préparant cette interview, j’ai découvert la théorie des valeurs de Shalom H. Schwartz qui explique qu’un être humain porte 10 valeurs universelles : l’hédonisme, la stimulation, l’autonomie, l’universalisme, la bienveillance, la conformité, la tradition, la sécurité, la réussite et le pouvoir. 

Avec ce système de valeurs, j’ai compris ce que le fait d’être humain pouvait vouloir dire.

Les valeurs universelles

L’étude de Schwartz Les valeurs de base de la personne, a été menée auprès de 64 000 individus et dans 68 pays. Il y soutient que ces valeurs sont universelles en 2 sens : elles se retrouvent au sein de différentes communautés humaines et elles sont portées par chacun et chacune d’entre nous. Bien que controversable, cette approche m’apporte un peu de légèreté dans mon objectif de cohérence. Je peux vouloir être bienveillante mais parfois l’envie de réussir socialement reprend le dessus. Et quand j’en ai marre que la société encourage tant la peur de l’autre (sécurité), je me réfugie dans des projets où le lien des humains à la nature est omniprésent (universalisme). C’est le propre de l’être humain d’avoir des paradoxes. L’important est la conscience portée sur nos ambivalences, qui nous permet d’entretenir un certain équilibre dans la danse de la cohérence.

Et vous ?

Et vous ?

Tout le temps les mêmes valeurs ?

Notre situation, notre contexte et nos aspirations peuvent changer. En même temps que notre vie suit son cours, les valeurs que nous privilégions évoluent aussi. Ainsi le doute s’immisce à nouveau pour remettre en question notre vision des choses. Et tant mieux car la vie n’est que mouvement !

Robert nous explique que les valeurs que nous privilégions peuvent évoluer au cours de la vie mais aussi au cours d’une même journée suivant les sollicitations extérieures.

Et vous ?

Et vous ?

Peut-être ne réagirez-vous pas de la même façon si vous venez de regarder la télé ou si vous venez de contempler un beau paysage ?

Il nous est possible de réagir différemment, suivant la valeur que l’extérieur stimule en nous, mais ces réactions sont souvent mises sur le compte du changement d’humeur. Pourtant, ce n’est pas être incohérent·e que d’être énervé·e à un instant donné, et d’accueillir le moment présent avec gratitude, l’instant suivant. L’extérieur a une influence sur nous, il peut être important d’en prendre conscience afin de choisir notre posture préférée face aux événements.

L’anecdote : Responsable de soi

Décembre 2018

Un jour une amie m’a appris à laver des poireaux. Elle m’a donné des poireaux à laver, les avait coupé en deux dans le sens de la longueur pour que j’en enlève la terre en les rinçant sous l’eau. Je n’avais jamais lavé les poireaux ainsi, elle ne le savait pas. Je me suis bien gardée de lui dire qu’habituellement je ne le faisais pas ainsi. Sa méthode avait l’air beaucoup plus efficace.

Désormais, à chaque fois que je lave des poireaux, je pense à elle comme je pense à d’autres amis dans d’autres circonstances. Le jour où j’ai réalisé ceci, j’ai compris que les gens font partie de nos vies, qu’on le veuille ou non. Que ce que nous vivons avec d’autres peut avoir une grande incidence sur nos gestes du quotidien. Je trouve ça très beau de se dire qu’en se côtoyant on s’épaule sans s’en rendre compte. Et malheureusement aussi parfois, ça fait plus de mal que de bien. Le pouvoir qu’ont les autres sur nous peut être étourdissant. C’est en comprenant cela que je me dis que, malgré l’influence du monde extérieur, je suis la seule responsable de ma façon de voir le monde. Parce que, de cette même amie j’aurai pu retenir d’autres choses moins positives pour moi, mais je choisis de retenir les poireaux. Et à chaque fois que je coupe des poireaux, penser à cette interdépendance me met les larmes aux yeux.

« Je crois que, en tout cas pour moi être cohérent c’est : savoir s’écouter, savoir s’entendre et savoir écouter les autres. Donc du coup être en interaction avec ce que je ressens ou avec ce que mon intérieur me dit et ce que l’extérieur me renvoie et peut-être parfois ce que l’extérieur attend. Et est-ce que ce que l’extérieur attend, est-ce que c’est cohérent pour moi ? Et comment est-ce que je peux lui répondre à cet extérieur ? »

 

Extrait de l’interview d’Aude, française vivant sa vie de façon consciente

Et le collectif alors ?

S’interroger personnellement sur nos valeurs et sur notre individualité peut ressembler à de l’individualisme. Pourtant, ce n’est nullement mon message. J’estime que pour vivre ensemble, il est nécessaire que chacun et chacune puisse se positionner ou se définir individuellement avant de se placer dans un groupe. Il s’agit du processus d’individuation (Distinction d’un individu des autres de la société dont il fait partie, CNRTL, 2019). Combien de décisions prenons-nous en nous satisfaisant de ce qui est proposé par un groupe, un organisme, une entreprise ? Si ce qui est proposé ne fait pas sens pour soi, pourquoi s’y confronter si cela provoque des incohérences en nous ?

Se changer soi ou agir avec les autres ?

La question n’est pas “Faut-il privilégier les actions individuelles ou collectives ?” car la réponse n’est pas binaire, le monde non plus d’ailleurs. Il est préférable d’avoir les deux. Des actions que l’individu choisit dans un souci d’accès à l’intégrité ET des actions menées par des groupes d’individus ayant réfléchi individuellement et collectivement sur le pourquoi puis sur le comment de leurs actions.

Le monde ne peut être heureux avec des individus personnellement inconscients et malheureux. Le monde sera heureux quand chacun et chacune aura commencé son propre chemin intérieur pour mieux rayonner vers l’extérieur. Le monde pourra tenter d’être cohérent seulement si chacun et chacune est en quête de cette cohérence.

Pourquoi le monde va si mal ?

En me saisissant de l’approche des valeurs humaines de Shalom H. Schwartz, j’estime avoir un début de réponse à la question : Pourquoi le monde va-t-il si mal ? La réponse est dans cet éventail de valeurs qui, bien que contradictoires, résident en chacun et chacune d’entre nous. La théorie synthétisée dans The Common Cause Handbook montre que, lorsqu’on se concentre sur une partie de ces valeurs, la sollicitation des valeurs antagonistes (situées à l’opposé du mandala, voir plus haut) est amoindrie. Ce qui veut dire que, quand la société nous entraîne à réussir socialement en montrant notre matériel ou en accédant à certains métiers (valeur de réussite), nous ne sommes pas invités à nous tourner vers notre propre indépendance (valeur d’autonomie) ou vers le soin porté aux autres (valeur de bienveillance). Encore une fois, nous pouvons prendre conscience des valeurs qui sont attendues par l’extérieur et nous interroger si cela nous convient ou non.

Passez à l’étape suivante pour plus de détails !

Pour aller plus loin :

Crédits photos : Agathe Peyre

Cet article a 2 commentaires

  1. Merci beaucoup Agathe pour cet article. On utilise les mêmes sources ! Nous avons recommandé la lecture du Common Cause Handbook, accessible sur valuesandframes.org/downloads, qui reprend l’étude et la classification de Schwartz, à nos étudiants de MBA avant de les faire travailler sur leurs valeurs. Très utile pour former des équipes motivées.

    1. Génial ça ! J’avais préparé l’interview de Robert Zipplies en lisant le Common Cause Handbook. Le contenu m’avait laissée sans voix par sa richesse et sa pertinence ! Maintenant j’en transmets quelques notions lors des ateliers de clarification de valeurs : http://www.coherence-lefilm.com/?page_id=1117
      Merci de ton partage !

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